Google XXL: Google et votre cyber-réputation
Google XXL

Google et votre cyber-réputation


Google m'a tuer !
C'est au cours de mes longues pérégrinations sur le Web que je suis tombé sur cette photographie de Sergey Brin… Cela fait pourtant bien longtemps qu'elle n'est plus visible sur le site d'origine (on peut tout de même y découvrir son curriculum-vitae) ni même sur la "Wayback Machine".

Inutile d'être une star pour accéder à une visibilité internationale. C'est cette éternelle histoire que l'on pourrait résumer en quelques mots : au cours d'une soirée bien arrosée, vous filmez un clip légèrement déjanté "à votre insu de votre plein gré". Un de vos meilleurs amis le publie sur YouTube histoire de pousser la plaisanterie encore plus loin. Oui, mais voilà ! La vidéo fait un tabac auprès des 15-25 ans et entame une course inexorable sur la Toile. La "Longue traîne" qu'ils disent… À chaque fois que vous croyez que la preuve de votre impardonnable bévue a été définitivement rayée de la carte, elle réapparait au détour de ces multiples recoins de cette gigantesque mémoire numérique qu'est le Web. C'est bien cela le problème ! Personne ne peut dire quand cette marque d'infamie disparaitra et surtout pas vous… Peut-être qu'elle vous survivra même longtemps après votre mort. De plus, à qui s'adressait ? À un serveur situé de l'autre côté des océans ? À une entreprise énorme comme Google qui se fiche comme de sa première chaussette de votre sacro-sainte réputation ? À ce bloggeur anonyme qui a laissé un commentaire en prime ("Garantie, sans trucage ! Mais comment quelqu'un de normal peut faire un truc pareil ?"). Et en bas, vous voyez que tout le monde s'est donné à cœur joie sur le compteur Scoopeo. C'est littéralement sans espoir ! Mais ce n'est pas tout…

La seconde mauvaise nouvelle est que les gens ont tendance à préférer les anecdotes croustillantes aux histoires édifiantes de vous en train de collecter des fonds pour une œuvre caritative. Personne ne fera un lien vers un truc positif parlant de vos énormes qualités humaines avec des témoignages du genre : "Un chic type que je cite toujours en exemple à mes enfants". Si, par contre, il y a quelque chose de louche à se mettre sous la dent, les internautes vont rappliquer comme des zombies autour d'un bout de chair fraîche et sanguinolente. Et Google qui a, lui aussi, l'odorat particulièrement développé va faire monter les enchères. Pensez ! Une page avec autant de Backlinks est forcément extrêmement "pertinente" ! Ce n'est la faute à personne, c'est juste une question d'algorithme…
Et à grand coup de rumeurs, de pages oubliées, d'archives enfouies, voici que votre e-réputation (ou "Web-réputation") va ressembler à une carcasse laissée à la voracité des internautes…

Du coup un nouveau front s'est ouvert : le "Management Reputation" (en anglais) ou "coaching spécialisé dans la cyber-réputation". Loin des problèmes des pipoles, il faut aussi se rappeler que de plus en plus de décideurs utilisent Google pour les aider dans leurs décisions d'embauche… Il y a eu récemment dans la presse anglophone, quelques histoires assez étonnantes : une société de Toronto a rejeté une candidature quand ses dirigeants se sont aperçus, qu'en saisissant le nom du postulant, on pouvait trouver des "informations relatives au sexe qui pourraient être considérés comme bizarres". Une autre gazette nous raconte l'histoire d'un brave type sans histoire qui, en tapant son nom dans Google, découvre que le premier lien visible est une archive d'un journal universitaire. On y parle d'une bagarre entre étudiants, que la police avait dû procéder à une descente et arrêter un des meneurs. Devinez quel nom figurait en toutes lettres... Réaction du futur condamné à mort : "Dès que mon futur employeur va me "Googliser", je n'aurai aucune chance par rapport aux dix autres gars qui ont le même C.V. que moi".

La riposte s'organise Outre-Atlantique : des agences de conseil se sont spécialisées dans ce travail de longue haleine qui consiste à racler les pages de résultat de toute trace compromettante. Ces chevaliers blancs d'un nouveau genre travaillent à la sauvegarde des réputations sur Internet : "À chaque instant, vous êtes l'objet d'une recherche, que vous le sachiez ou non. Nous voilà tous soumis aux caprices des moteurs, aux sautes d'humeur et à l'anonymat des bloggeurs".
Un travail d'orfèvre qui s'apparente à une véritable stratégie SEO : création de pages en accord avec la personnalité du demandeur, mise en place d'une politique massive de liens, gestion en ligne de votre image, lettres recommandés aux propriétaires des sites en cause, etc. Et il y a des clients qui sont prêts à payer entre 3000 et 10000 dollars pour s'offrir une nouvelle virginité numérique. Seule ombre au tableau : il est impossible de garantir des résultats immédiats car souvent les pages négatives mettent du temps avant de laisser la place à des nouvelles plus flatteuses pour votre ego. C'était la troisième mauvaise nouvelle : si Google indexe de plus en plus rapidement le Web, le processus inverse s'opère à la vitesse fulgurante d'un escargot qui doit traverser la place de la Concorde. Entre le temps où la page est supprimée et le moment où elle disparaît du cache du moteur de recherche, il peut s'écouler de longs mois. Un purgatoire d'un nouveau genre pendant lequel vous pointez à l'antenne locale de l'ANPE… Et que vous entendez dire que malgré toute votre formidable expérience professionnelle, il y a un truc qui cloche. Allez expliquez à cette dame qui vous reçoit au guichet tout en faisant son tricot que le "truc qui cloche", c'est justement la formidable puissance de l'Internet et son cortège de mauvaises surprises…

Imaginons maintenant ce qu'il aurait pu se passer en se mettant à la place du directeur de la firme X qui cherche un brillant informaticien : "Sergey Brin ? Très bonnes références mais semble avoir eu dans le passé des comportements quelque peu curieux… Je ne pense donc pas qu'il puisse intégrer notre culture d'entreprise… Suis donc obligé d'émettre un avis défavorable à sa candidature…"

12 commentaires:

  Chalexis

19 février 2008 à 13:36

Félicitations pour cet article très intéressant et "rondement" tourné !

  Pierre Ehrlacher

19 février 2008 à 14:47

Merci pour ce petit mot sympa !

  TOMHTML

19 février 2008 à 19:26

Plus que "e-reputation", on appelle ça l'identité numérique.
Bien joué pour les exemples en tous cas, surtout le dernier ;)

  G

19 février 2008 à 20:03

+1 comme chalexis,

je lis regulierement ton blog et il est tres interessant !!!

a+

  Jean-Noël Anderruthy

19 février 2008 à 22:35

Je ne suis pas d'accord avec toi , Tom. Pour moi l'identité numérique regroupe tout ce qu'un internaute veut bien faire de lui : OpenID, profil social, etc.
Une e-réputation, c'est tout ce qui lui tombe sur le coin de la figure et qui est, d'une certaine manière, subit. L'openID, c'est notre moi numérique alors que la e-réputation, ce sont les autres...
Le challenge consiste justement à contrôler ce que les autres peuvent voir de toi.

  Jean-Noël Anderruthy

19 février 2008 à 22:36

Merci au grand G ;-)

  Alain

20 février 2008 à 06:29

Est-ce que le combat n'est pas perdu ? (dixit Alain, plutôt pessimiste ce matin ;-)).

Sur Facebook, on peut déjà croiser les sergents-recruteurs de L'Oréal : http://www.itrmanager.com/articles/74392/application-recrutement-facebook.html
subir les risettes de son patron, de ses parents... Brrr... Moi je dis : c'en est fini de l'âge de l'innocence, apprenons à vivre cachés !

Mais à côté fleurissent les initiatives merveilleuses et les applications bluffantes, qui changent la vie. Ceux qui aiment les livres pourront aller voir là :
http://www.orthotypographie.fr/intros/feuilleter.html Pardon pour la pub personnelle, mais je joue depuis hier avec ce truc, comme un gamin à qui on a filé un train électrique, et ça me donne envie de le partager.

Dixit Alain, redevenu très optimiste.

  Jean-Noël Anderruthy

20 février 2008 à 13:48

C'est vrai que c'est une mine d'or ce précis de bon français !

  Alain

20 février 2008 à 19:26

Certes, c'est mon cheval de labour depuis des années ;-).

Mais je voulais plutôt attirer l'attention de vos lecteurs sur ce machin (découvert hier en ce qui me concerne) qui fait d'un banal PDF une apparence de livre, avec les pages qui se tournent.

Et que, donc, je trouve magique (j'ignore si Google indexe ces e-books- là).

  Jean-Noël Anderruthy

20 février 2008 à 22:39

C'est du flash donc ce n'est pas gagné mais tous les moteurs de recherche y travaillent...

  William

14 avril 2008 à 14:26

Du coup bien joué ! En publiant la photo sur ton blog, plus personne ne peut t'atteindre puisque l'info est rendue publique.
Je crois que les peoples ont des choses à nous apprendre sur la gestion de la réputation...

  Jean-Noël Anderruthy

14 avril 2008 à 16:34

On peut le voir comme cela, en effet !
J'ai vu qu'on en parlait aussi sur "Parlons du Net".