Google XXL: Google et les affres du PageRank
Google XXL

Google et les affres du PageRank


Le PageRank (PR pour les "Pros") est une notion qui pourrait se définir de cette façon : "C'est une note attribuée à un site et qui détermine son importance aux yeux de Google". Elle s'échelonne de 0 à 10 bien que Google ait la délicatesse de ne pas afficher la note la plus basse en la remplaçant par une barre blanche vierge de tout score. La frénésie qu'a entourée ce concept donne lieu à une industrie florissante :
  • Les sites qui prédisent votre futur PageRank (à ranger dans la catégorie "Voyance en ligne") ;
  • Les pages qui démontrent avec force algorithmes et équations comment fonctionne le PageRank (sorte de pseudo science en comparaison de laquelle Einstein et sa théorie de la Relativité ferait dire "que ce garçon était surement très doué mais qu'il ne s'est jamais intéressé qu'aux aspects quelque peu triviaux de notre univers) ;
  • Les sites dont c'est le fond de commerce avec forums de discussion, recettes de martingales et éditoriaux au ton péremptoire.
Une digression rapide maintenant : autant un PR jusqu'au niveau 6 est relativement facile à obtenir autant passé ce cap, le saut qualitatif relève de l'exploit. À moins d'avoir l'appui d'un grand groupe industriel ou d'être un jeune loup au sens des affaires aiguisés, le Webmaster à la tête d'un site arborant un PR 7 ou 8 n'est plus qu'un vieillard chenu délaissé de tous (famille, amis, animaux de compagnie, etc.) : la montagne de Sisyphe que représente la maintenance d'un site digne de ce nom demande une persévérance et un sens de l'abnégation tout simplement hors norme. Oui ! Il y a un moment où votre entourage ne supporte plus de vivre avec un fantôme qui revient à chaque fois de plus en plus éreinté de ses longs voyages dans les "mondes virtuels" (la "Matrice" qu'ils disent !). J'ai le souvenir que les précédentes Google Dance étaient suivies avec la même ferveur qu'une course de lévriers par des bookmakers anglais. S'ensuivaient l'inévitable cortège de plaintes et de considérations rageuses car, lors de ces remises à plat, certains sites voyaient leur nombre de visiteurs littéralement plongé. Cette fois ci, Google a concocté une opération marketing très réussie.
Première étape, l'inévitable Matt Cutts assure quelques mois auparavant que les sites qui monnayent leur PageRank vont être durement pénalisés.
Apparemment, ce message d'avertissement a été ignoré de tous… J'ajoute que je croyais, dans ma grande naïveté, que cette pratique était strictement "Outre-Atlantique". Et bien, non ! Même ici, quelques débrouillards avaient droit à une part du gâteau… Ce n'est pas sans rappeler une récente affaire : "tout le monde le savait mais inconsciemment…"
Une fois les méchants désignés, on peut passer à la seconde étape qui fait que beaucoup de sites respectables ont perdu 2 à 3 points de PageRank. Inutile de s'étendre là-dessus, des listes circulent parmi le landernau du Web (non sans arrière-pensée, j'imagine…) Curieusement, cette fois-ci, il y a une variante : une multitude de bons points (et d'augmentation du PageRank) ont été attribués à toutes sortes de Blogs. Là, du coup, les déclarations de victoire fusent de toute part : "J'ai un PR 4 !", "Merci, Google !", etc. Oui, mais si on y regarde de plus près, cette soudaine augmentation généralisée des PR ressemble surtout à une distribution de sucres d'orge à un groupe d'enfants. Prenons un exemple simple : ce modeste Blog. Il a tout de l'exemple parfait des erreurs à ne pas commettre :
  • Il est hébergé sur une plate-forme qui est calamiteuse en termes de référencement (Blogger) ;
  • Il n'a développé aucune politique de partenariat (ce damné orgueil du Webmaster qui considère que la mariée, même dotée d'un PR10, ne sera jamais trop belle pour son Blog) ;
  • Il multiplie les liens sortants comme à foison sans avoir pratiquement le moindre lien entrant (une passoire à PageRank) ;
  • Son audience reste vraiment de l'ordre du confidentiel.
Mais, non ! Google s'est penché sur ton cas, pauvre petit Webmaster et t'a même gratifié d'un PR 4 ! Ca vaut bien un petit merci, non ? Cherchez l'erreur !
Pour l'instant, il y a le camp des déçus qui crient au loup et à la "dictature Googlienne" et les ravis qui en oublient un constat simple : quelque soit le PageRank attribué, cela ne leur apportera sans doute pas moins ou plus de visiteurs qu'auparavant. Oui, parce que Google a évité de commettre la même bévue que les fois précédentes : on frappe sur l'image de marque (le PR du site) mais pas au portefeuille (le nombre de visiteurs et donc les revenus publicitaires qui en découlent). Un simple avertissement qui ne dérange personne. Bien entendu, il y a quelques Webmasters sommés de s'expliquer d'autant plus qu'il y a comme un hiatus entre organiser des stages spécialisés dans le référencement (à quelques centaines d'euros la session) et se faire avoir comme un bleu au tournant d'une Google Dance somme toute sans surprise. Pas de souci pour les experts quelque peu malmenés puisqu'ils expliquent, dans leur jargon mystérieux, que tout ceci est sans importance et que cela fait bien longtemps qu'ils ont développé d'autres politiques de "Back-Links" bien plus performantes. Mais, puisque du fond de leur antre, ils sont les seuls à discerner la lumière, autant ne pas insister… Parce que voilà ce que c'est le PR maintenant : un simple gadget qui ne passionne que ceux qui y croient. Et ils sont nombreux… plongés dans une sorte de "Seotisme" (pour "SEO égotisme") inquiet tant l'addiction est forte… C'est là que je trouve que le sens du Marketing chez Google est vraiment très développé : d'abord des rumeurs comme celles qui ont courues sur la possible sortie d'un GPhone et maintenant, tout un ramdam sur un concept qui, au mieux, est juste un leurre que l'on tend à une escadrille de volatiles complètement tétanisés par l'enjeu.
C'est peut-être le moment de prendre des décisions courageuses et d'établir une sorte de cordon sanitaire entre vous et le PageRank :
  • Désinstallez la barre d'outils Google ;
  • Bannissez de votre système les adresses IP des sites spécialisés dans le SEO (en utilisant le fichier Hosts ou le module de Contrôle parental dans Windows Vista) ;
  • Interdisez à votre petite amie de porter des vêtements de la couleur v. (Chut ! Il ne faut plus le dire…) ;
  • Si vous rencontrez une relation dans le milieu, faites l'innocent : "Le PageRank ? Ah bon, je croyais que ça n'existait plus !" Et si le pédant jargonne encore sur la Google dance "et ses conséquences planétaires", assurez que vous ne comprenez rien aux danses folkloriques du Grand-West américain et avouez benoitement que vous êtes un fan de Lorie…
Malgré tout, et si vous sentez la dépendance trop forte, rabattez-vous sur l'étude du "TrustRank" ! Un terme nouveau et à la mode inventé, un beau jour, par un de ces savants improvisés du Web. Là, au moins, il n'y a aucune théorie sur ce sujet ni le moindre petit instrument de mesure qui vous permettrait de vous en faire une idée… Autant dire que cela revient à se contenter d'un grain de riz à chaque repas. Fini les tourments et les nuits blanches inutiles passer à guetter les signes d'une possible promotion dans l'échelle sociale que représentait le (défunt) PageRank.
Essayons de nous projeter dans l'avenir et imaginons un petit garçon qui pose dans quelques dizaines d'années la question suivante : "Dis papa, c'était quoi le PageRank ?" - "Et bien, vois-tu, le PageRank était une croyance ancienne qui faisait que les gens de cette secte adorait une sorte de petit bouton de couleur verte" - "Cette religion s'appelait Google et, les deux gurus, Sergei quelque chose et Larry je ne sais plus" - "Elle est rapidement tombé en désuétude juste après l'apparition des moteurs de recherche heuristique et le développement des réseaux sociaux…"

(L'illustration qui accompagne ce billet est empruntée à "PageRank Italia")

9 commentaires:

  GuiZmï

28 octobre 2007 à 14:44

extra comme article ! Cela fait un bout de temps que je suis votre blog et je dois dire que vous adoptez un ton qui sort de ce qu'on peut lire ailleurs et ça, ça fait du bien !

Et ce que fait encore plus du bien, c'est de lire ce que je me tue à répéter à mon patron depuis X temps, à savoir, "le pagerank est mort, vive le pagerank" !

Franchement merci !

  Jean-Noël Anderruthy

28 octobre 2007 à 14:56

Merci pour ce petit mot d'encouragement ;-)

  BWT- Webmaster

28 octobre 2007 à 15:07

Bonjour,
Félicitation pour ce billet... tout à fait OK avec toi !
En plus, tu as l'art d'avoir condensé en 1 seul billet ce que j'ai eu du mal à écrire en 2 billets (Qui PR, gagne ! et Le PR fouettard !)... avec justesse, tu vas même au-delà....

Bravo !

  Luka

28 octobre 2007 à 15:38

Excellent article qui résume parfaitement le contexte et la situation actuelle où un nombre entre 0 et 10 dirige une politique de référencement, alors que du simple bon sens est suffisant...

  Jean-Noël Anderruthy

28 octobre 2007 à 16:23

Bon, je vois que malgré ce week-end de la Toussaint, tout le monde n'est pas parti en vacances... Merci à tous !

  racheumeuneu

28 octobre 2007 à 23:20

Sympa votre billet ! Et agréable à lire, alors que sur ce thème du nouveau PageRank, des pénalités pour vente de liens etc... j'ai dû en lire 30 aujourd'hui :-) C'est marrant, tout le monde s'explose le crâne à vouloir commenter les faits... pour d'autres, c'est le parfait non-évènement.

  Jean-Noël Anderruthy

29 octobre 2007 à 12:00

C'est vrai que globalement, ça serait plus intéressant de savoir combien se vend (ou se vendait) un lien plutôt que de se taper de grandes discussions philosophiques sur Google, le PR et tout le tralala... Par ailleurs, les Webmasters qui ont un tant soit peu de vécu savent que ce qui fait le succès d'un site se résume en deux mots : patience et travail. Le reste, on s'en fiche un peu...

  GuiZmï

29 octobre 2007 à 12:27

"le succès d'un site se résume en deux mots : patience et travail"

=> bien résumé mais malheureusement, sauf exceptions, c'est assez dur à mettre en place surtout quand tu bosses dans une Web Agency.

En effet, tu as beau te tuer à expliquer qu'un bon positionnement ne peut se résumer à "1 + 1 = 2", ton patron, lui, voit le côté productivité.

Et pour mon cas, je pense que "référencement" et productivité ne vont pas du tout ensemble.

  Jean-Noël Anderruthy

29 octobre 2007 à 13:49

C'est vrai que je me place du point de vue d'un site à "contenu". Si on parle "Productivité", on est obligé d'utiliser des techniques qui permettent d'automatiser une création de contenu de manière "artificielle". Mais, bon, ce n'est vraiment pas mon domaine de prédilection et je n'y connais strictement rien. Cela dit, j'imagine la démarche : on édite le code source des 10 premièrez pages Web qui tiennent la rampe par rapport à la requête donnée et on fait un mix savant avec les idées de chacun. Après, sur des secteurs très concurentiels, il faut un vrai travail de programmation mais j'ai l'impression (à voir comment fonctionnent certains sites à fort "Ranking") que les recettes sont toujours les mêmes.