Google XXL: Devenez un Blogueur influent en 10 leçons
Google XXL

Devenez un Blogueur influent en 10 leçons


Première leçon
La longue traine évoque pour vous les robes d'apparats de nos chères têtes couronnées ? Le "TrustRank", une méthode statistique permettant de comparer le nombre de lancers réussis par les joueurs de la NBA ? Quand on vous parle d'Ajax, vous vous dites qu'il faudrait en toucher deux mots à votre femme car vous avez remarqué que vos cols de chemise étaient toujours aussi noirs de crasse ? Et le Buzz, un truc qui sert à signaler que l'on a la bonne réponse dans "Questions pour un champion" ? Certes, il va y avoir du pain sur la planche mais vous allez voir que ce qui vous manque surtout, c'est ce minimum de culot qui va vous permettre de sortir du trou dans lequel vous vous êtes trop longtemps terré. Car l'important c'est d'en IMPOSER.

Qui suis-je ?
Tout d'abord, bardez-vous des titres et diplômes les plus improbables : "CEO Engineer", "Auditor junior" dans une "Web agency", etc. J'ai moi-même toujours considéré que les biographies n'engageaient que ceux qui les lisaient. Vous avez donné des conférences sur le Web 2.0 ? Oui ! Même si c'était pour l'association des amis de l'Internet à Borne les mimosas, ça compte quand-même ! Vous avez fait de la formation pour l'antenne régionale de l'ANPE à un parterre de secrétaires qui gloussaient à chaque fois que vous entriez dans la salle des cours ? Vous voilà bombardé "Consultant en entreprise" ! Vous avez écrit quelques articles pour une feuille de choux locale sur des sujets aussi "tendance" que l'insertion des cliparts dans Word ou la création de papiers-peints en HTML dans Outlook ? C'est ce que l'on appelle être féru des "nouvelles technologies"…

Soigner son image
Avec un physique d'employé quelque peu timoré, vous avez peu de chances d'être vraiment pris au sérieux. Les internautes viennent sur votre Blog non pour souscrire à une assurance vie mais pour grappiller quelques miettes du rêve que vous incarnez. À partir de là, il y a deux choix possibles : le look "parrain de la High-Tech" à la Matt Cutts avec sa bedaine imposante (le public a toujours tendance à penser qu'un gros qui n'a pas de temps à perdre avec les filles en passe forcément plus sur les sujets pointus) et son air de bonze impassible. Seconde solution : la silhouette numérisée Web 2.0 qui se déplace avec l'aisance d'une grenouille dans la "Matrice". À vous de choisir votre icône du moment qu'elle ne vous ressemble pas.

Le badge "Twitter"
Je n'ai jamais aimé ce gadget à la mode qui présente des semblants de vie en forme d'aperçus et de faux-fuyants. Mais il faut bien reconnaître que c'est l'arme absolue du "Geek" qui veut se faire une place au soleil. Commencez tout d'abord par un rapide état des lieux de votre agenda… Ça doit ressembler à celui-ci :
Programme chargé…
9.00 : avion à prendre… Direction : le Mountain View !
12.00 : rendez-vous avec Matt
14.00 : conférence sur le Webwag
16.00 : visite du GooglePlex
18.00 : retour sur Paris
Imaginez maintenant la tête des fidèles lecteurs de votre Blog en train de rouler des yeux et exprimer dans une sorte de râle névrotique toute l'admiration qu'ils vous portent. Un autre excellent truc consiste à imaginer un scoop : "D'après mes sources, Google serait sur le point de faire une annonce importante le 12 de ce mois-ci mais, bon, impossible de vous en dire plus… Désolé, les gars ! Une bonne nuit de sommeil, maintenant !" Chut ! Partons sur la pointe des pieds et laissons le grand homme se reposer…
Dans la même veine "Aujourd'hui, à l'occasion des "Developpers Days", j'ai fait la connaissance de Loic (Le Meur, bien sûr !)… Conversation à bâtons rompus sur l'avenir du Web… Il m'a demandé quelques conseils… beaucoup de projets en commun… Un scoop en perspective ! Restez vigilant, chers lecteurs et revenez souvent sur ce Blog !" Je ne suis pas en train de vous dire d'accrocher au dessus de votre cheminée une photo encadrée de vous bras dessus-dessous avec le pape du Web 2.0. Mais une vidéo vous montrant en train de partager les mêmes petits fours ferait son effet !

Apprendre à supporter les autres
N'hésitez pas à vous montrer dans les forums les plus en vogue et qui parlent de vos "domaines d'expertise". Dès que vous sentez qu'un des participants est vraiment beaucoup plus fort que vous, prenez le parti exactement inverse de ce qu'il annonce. Si la discussion devient trop technique, sortez un bon mot (vous mettrez les rieurs de votre côté). Laissez ensuite l'importun se débrouillait tout seul dans ses tentatives d'explications et passez vite à un autre sujet de conversation. Ah, tiens ! Le yoyo du PageRank. Une bonne occasion de vous mettre en avant et une idée d'article en plus… La seule règle à respecter est de pas trop en dire (une bourde est vite arrivée !) mais de laisser planer le doute : "Une des études que nous avons récemment menées au sein de mon agence de conseil en référencement semble contredire tes affirmations, etc." À la manière d'un chef étoilé qui ne peux livrer tous ses secrets mais consent à énumérer les ingrédients nécessaires à la confection d'une pissaladière à la noix de muscade.

Le choix des sujets
Nous abordons la partie la plus ingrate du "boulot" : "le contenu rédactionnel". Le mariage de Larry Page ou la vidéo d'une présentatrice connue de TF1 "nue" ? Non, très peu pour vous ! Ce qu'il vous faut, c'est du lourd, de la démesure, quelque chose à la hauteur de vos ambitions… Bien entendu, vous n'êtes ni analyste financier, ni programmeur, Vous ne possédez donc pas les compétences nécessaires pour savoir si l'action Google va dépasser la barre des 1000 dollars ou pourquoi "avec Android, Google réinvente Java ME". Rassurez-vous, j'en connais plein des gens dans votre cas ! Du coup et afin de n'être jamais pris en défaut, apprenez à rédiger votre titre sous forme d'une question : "eBay sur Second Life ?" - "Android, un pétard mouillé ou une révolution planétaire ?" - "Skype bientôt racheté par Google ?" Il suffit simplement de tester toutes les combinaisons possibles… Bon le reste n'est qu'une question de mise en forme. N'écrivez pas "Test de Jaïku" mais : "Nous avons été les premiers à recevoir une invitation officielle pour tester Jaïku… Je remercie, au passage, Vanessa de Google France qui nous a permis d'en faire profiter nos lecteurs…" Enfin, n'hésitez pas à multiplier les déclarations victorieuses : "Notre Blog vient de passer premier sur Google et la requête 'sapristi'… C'est le résultat d'une longue réflexion sur les stratégies de référencement que nous avons mené avec nos partenaires de toujours…"

L'article "e-business"
Le monde de l'e-commerce est encore plus codifié que la fabrication des santons dans ma Provence natale. Placez-vous à côté d'une table où ces messieurs sont en train de discourir sur les budgets respectifs de leur client… Je vous parie votre addition si vous arrivez à comprendre un traîte mot de leur jargon. Cela demande une pratique intensive qui va des stages commandos en entreprise, en passant par les séances de brainstorming en référencement publicitaire, pour terminer par une longue habitude des "binge drinking" qu'on pratique entre collègues de bureau afin de montrer que chacun a parfaitement su intégrer la meilleure équipe de travail au monde. Mais ne vous surtout découragez pas ! Il suffit de parler en utilisant le maximum de sigles et de termes abscons. Par exemple : "X de chez E & Y ("Ernst & Young") m'a récemment confié une étude sur le KM ("knowledge management") et le "Linkbaiting". Voilà, c'est sorti tout seul sans que vous ayez eu même besoin de réfléchir à ce que vous vouliez dire. Et avec le temps, cela devient même comme une seconde nature…
Pour terminer, une suggestion en or… Je vous en brosse les grandes lignes : "Un de mes clients (dont je ne peux, bien sûr, dévoiler l'identité) m'a récemment confié, suite à la campagne de e-learning pour laquelle je l'ai conseillé, que son retour sur investissement avait plus que doublé. Une preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de l'importance du B&B dans une stratégie de référencement naturel. Merci à M. X pour son témoignage…" N'hésitez pas à en rajouter une louche : "Les commandes arrivaient comme par magie sur leur back office ! Le Netlinking, même s'il doit être manié avec prudence, fonctionne comme une arme puissante…" Là, au moins, personne n'y comprend rien et donc vous ne risquez pas d'être contredit dans vos analyses…

Le coup de gueule !
Voici quelques idées : "Pourquoi je n'irai pas à la conférence sur le Web 3.0 !" ou "Cela fait trop longtemps que je tire la sonnette d'alarme !" ou encore "Hégémonie Google… Cette fois c'est trop !" En effet, pourquoi ne pas se poser en victime d'un système qui vous empêche de référencer correctement un site qui fonctionne, à la fois, comme un piège à spiders (les robots des moteurs de recherche) et à perdreaux (les internautes)… Je me permets de vous livrer les grandes lignes de ce style de billet d'humeur : "L'avenir du Web se joue maintenant selon les desiderata de Google… Notre Blog a été blacklisté… Un des nos meilleurs clients nous a plaqué sèchement… J'en ai parlé à mon avocat… Il pense que l'on pourrait gagner car il y a abus de position dominante". Là encore, vous vous posez en sorte de Robin des bois du Web et rameutez la foule des internautes qui ne voient pas leur site décoller depuis de longs mois… Et oui, c'est la faute au monstre froid du Mountain View qui a le culot de pénaliser les petits au profit des puissants (TF1, Wikipédia, TechCrunch, etc.)

Le bouquet final…
Vous avez commencé votre billet par une question. La fin s'impose d'elle-même : "Et vous qu'en pensez-vous ?". Il y a des variantes : "Et vous qu'en dites vous ?" - "Votre avis ?", etc.
À la manière d'une cuisinière qui rajoute une pointe de sel pour que ses blancs montent en neige… Parce qu'un bon billet, c'est 1 % de contenu et 99 % de commentaires… Il y aura bien, dans le tas, un genre de fou furieux qui va prendre l'exact contre-pied de vos assertions et un autre pour le contrecarrer vertement. Et hop ! Ce sera encore 10 commentaires d'engranger et autant de gagner pour la popularité de votre Blog. Puisqu'on aborde ce sujet, permettez-moi de vous mettre en garde contre le trublion qui balaye d'un revers de la main le beau château de carte que vous avez patiemment édifié : "Oui, mais moi, j'ai mon cousin qui fé dé site super bien raifairençé dans Goog contre un jeu de CD vierges". N'intervenez surtout pas ! Laissez la meute qui vous suit dans vos parties de chasse s'occuper du jeune téméraire. Ils auront plaisir à déchiqueter de leurs crocs l'ignorance crasse de votre contradicteur.

En conclusion
Comment, cela ne vous suffit pas ? Ah ! C'est vrai que j'ai oublié l'essentiel : le médaillon qui "en jette"… Repérez un logo "Feedburner" sur un site qui peut afficher son nombre d'abonnés en Ko… Copiez l'image puis collez-la en bonne place sur votre Blog. Il suffit d'ajouter un lien vers votre propre flux. Ah bon, c'est autorisé ? Allons, les enfants ! Mais c'est même le B.A.BA !

L'illustration qui accompagne cet article est tirée du site de Little Oslo.

5 commentaires:

  GuiZmï

20 novembre 2007 à 16:52

Et voilà encore un article que je rêverai d'envoyer à mon patron ... Ca lui couperait l'herbe sur le pied et me ferait un bien fou. Ralalala, les commerciaux je vous jure que des fois ils méritent des claques !

Sérieusement, voilà un article bien agréable à lire !

Bonne continuation à vous !

  Jean-Noël Anderruthy

20 novembre 2007 à 17:00

Merci Guizmï ;-)
Dans l'ancienne boîte dans laquelle je travaillais, il y avait un commercial qui m'exaspérait particulièrement... A chaque fois qu'il prenait la parole, mon patron me regardait avec l'air de dire : "Tu vois, Jean-Noël, c'était pas la peine de nous emmerder avec tes considérations techniques". Il aurait été capable de vendre une connexion ADSL à une famille de marmottes...

  Régis

20 novembre 2007 à 17:23

Le tout agrémenté de Pipotron... et c'est, encore plus excellent : Pipotron

  Jean-Noël Anderruthy

20 novembre 2007 à 19:04

Merci Régis ! Le Pipotron n'est pas encore enseigné au conservatoire mais doit être une des matières principales à Sciences PO...

  Matt

8 décembre 2007 à 20:29

Je n'ai même pas posté un article en disant pourquoi je n'irai pas au web 3, alors que j'y étais invité ! Je suis vraiment loin d'être influent :P.

Très bon article au passage, et une lecture agréable pour un samedi soir! J'avais un peu peur de la prise de tête devant la taille de l'article, mais finalement tout va bien !

Bonne soirée!